Télévision et culture

Batanga : fiction et références africaines derrière le royaume

A Nobreza do Amor associe une géographie inventée, des décors construits à Rio et des références issues de différentes sociétés africaines.

Le Batanga n’existe pas en tant que pays ou royaume réel. C’est un territoire créé pour A Nobreza do Amor, que le récit situe sur la côte occidentale de l’Afrique dans les années 1920. Son histoire politique, ses dirigeants, la lutte pour le trône et l’exploitation du tungstène appartiennent à l’intrigue. Des éléments comme le marché, le baobab, la vie communautaire et le rapport aux ancêtres proviennent en revanche d’une recherche réunissant des références de différents pays et sociétés d’Afrique.

Cette distinction est essentielle : le réalisme visuel ne fait pas du Batanga le portrait d’une nation précise. Le royaume est une composition dramaturgique. Le feuilleton s’achève le 6 novembre, selon Gshow, mais ce guide n’en révèle pas le dénouement. Aucune source territoriale francophone n’a été vérifiée ; cette édition ne présume donc ni diffuseur, ni horaire, ni disponibilité locale.

Lázaro Ramos de profil, vêtu d’une veste noire devant un fond bleu et violet.
Lázaro Ramos, interprète de Jendal dans A Nobreza do Amor, au Festival Fronteiras 2025. Photo : Léo Salvador/Festival Fronteiras.

Ce qui a été inventé pour le feuilleton

Globo présente le Batanga comme un royaume fictif et une ancienne colonie portugaise située, dans l’histoire, sur la côte occidentale de l’Afrique. L’indépendance à la fin du XIXe siècle, la dynastie de Cayman II, la princesse Alika, le Premier ministre Jendal et les conflits autour du tungstène constituent la biographie interne du lieu, et non la chronologie historique d’un pays existant.

La présentation officielle du royaume explique qu’il a été conçu à partir de références historiques et culturelles variées. Une liste ultérieure de Gshow consacrée aux lieux fictifs de la dramaturgie confirme cette classification en plaçant le Batanga aux côtés d’autres décors inventés pour des feuilletons.

Il n’existe donc aucune carte réelle sur laquelle chercher ses frontières, sa capitale ou sa monarchie. Les expressions « histoire du Batanga » et « guerre d’indépendance » désignent des faits propres au récit.

Lázaro Ramos assis sur scène, parlant dans un micro et faisant un geste.
Lázaro Ramos participe à une rencontre du Festival Fronteiras 2025 ; la photographie ne montre pas le décor du Batanga. Photo : Luiz Munhoz/Festival Fronteiras.

Où le Batanga a été construit

La matérialisation du royaume possède une adresse hors de la fiction : les Estúdios Globo, à Rio de Janeiro. La ville-décor occupe 974 mètres carrés et a été créée exclusivement pour la production. Selon le reportage de Gshow consacré aux coulisses, environ 300 personnes ont participé à sa construction, réalisée en plus de trois mois.

Ces chiffres expliquent en partie pourquoi le royaume paraît posséder sa propre organisation spatiale. Il ne s’agit pas d’une ville africaine utilisée comme lieu de tournage documentaire, mais d’un décor planifié pour soutenir l’action et l’atmosphère du feuilleton. La scénographe Paula Salles a guidé le concept par le lien entre terre et nature. Le directeur artistique Rafael Cabeça, chercheur en culture afro-brésilienne, a présenté les choix visuels.

Lázaro Ramos assis sur scène, tenant un micro et tendant une main.
Lázaro Ramos, interprète de Jendal, prend la parole au Festival Fronteiras 2025. Photo : Luiz Munhoz/Festival Fronteiras.

Marché, communauté et ancêtres

La production revendique trois idées centrales pour le décor : le marché, les ancêtres — représentés par le baobab — et la communauté. Elles structurent les espaces et contribuent à exprimer les relations entre les habitants de cet univers fictif.

Le marché évoque la circulation et la vie collective. La communauté empêche de réduire le royaume à son palais et à ses dirigeants. Le baobab a été traité par l’équipe des décors comme un ancien et comme un symbole de résistance, de lien avec l’histoire et de terre sacrée. L’arbre construit pour le feuilleton mesure environ trois mètres de large et plus de six mètres et demi de haut, avec une couronne représentant près de 12 mètres de feuillage.

Cela ne signifie pas que le marché, le baobab ou le rapport aux ancêtres aient un sens unique dans toute l’Afrique. Ce sont des références sélectionnées par l’équipe pour bâtir le Batanga. Elles doivent être attribuées à la conception du feuilleton, et non généralisées à l’ensemble d’un continent.

Une mosaïque, pas le portrait d’un pays

La recherche a réuni des références historiques, culturelles et esthétiques de pays africains. Elle a bénéficié des conseils de Maurício Camillo, chercheur originaire de Guinée-Bissau qui étudie notamment l’histoire des grands royaumes africains. L’acteur bissau-guinéen Welket Bungué a décrit l’œuvre comme un regard situé au Brésil, tourné vers la multiplicité des Afriques à travers les symboles, les vêtements, la sculpture, la géographie et la diversité des peuples.

Cette déclaration donne une clé d’interprétation sûre : le Batanga est une mosaïque créée par une production brésilienne. Aucun vêtement, bâtiment ou symbole pris isolément ne permet d’attribuer le royaume aux Yorubas, à la Guinée-Bissau ou à une autre société précise sans qu’une source établisse ce lien.

Il faut également distinguer inspiration et équivalence. Une référence réelle peut guider une texture, une forme ou une fonction dramatique, tandis que l’ensemble demeure inventé.

Le dialogue afro-brésilien

Le feuilleton rapproche son royaume imaginaire de thèmes issus de l’histoire brésilienne. Un reportage de TV Rio Sul a mis en relation la résistance et la liberté présentes dans l’intrigue avec la mémoire de Manoel Congo et Mariana Crioula, figures d’une révolte de personnes réduites en esclavage survenue en 1838 dans la région de Vassouras et Paty do Alferes.

La comparaison est thématique : elle ne signifie pas que le Batanga reproduise cet épisode. Manoel Congo, Mariana Crioula et la révolte appartiennent à l’histoire du Brésil ; Cayman, Alika, Jendal et l’indépendance du Batanga appartiennent à la fiction. Séparer ces niveaux permet de reconnaître le dialogue proposé sans transformer le feuilleton en document historique.

Comment interpréter le Batanga clairement

La règle pratique consiste à demander à quelle catégorie appartient chaque information. Les personnages, la dynastie, les frontières et les conflits politiques relèvent de la fiction. La superficie du décor, le temps de construction et les dimensions du baobab sont des données de production. Le marché, la communauté, les ancêtres et la terre sacrée sont des références explicitement revendiquées par l’équipe créative.

Le Batanga peut ainsi constituer un point de départ pour découvrir des sujets africains et afro-brésiliens, mais pas une source autonome sur un pays réel. Aller au-delà du feuilleton exige de consulter des travaux identifiant des sociétés, des périodes et des territoires précis — une précaution indispensable pour ne pas réduire les multiples Afriques à une culture homogène.

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