*The Day After Tomorrow* s’appuie sur un mécanisme climatique réel, mais transforme un risque appelé à se déployer sur des décennies ou davantage en catastrophe de quelques jours. La circulation méridienne de retournement de l’Atlantique, ou AMOC, transporte bien de la chaleur et peut s’affaiblir. Son effondrement aurait de profondes conséquences régionales. Le film invente toutefois la vitesse, la tempête à l’échelle d’un hémisphère et le gel presque instantané de New York.
La réponse courte est donc claire : l’AMOC mérite toute notre attention, mais le film n’est pas une prévision. Pour séparer la science du spectacle, sa prémisse peut être répartie en trois catégories : réelle, exagérée et encore incertaine.

Réel : la circulation atlantique transporte de la chaleur
L’AMOC n’est ni un courant unique ni un interrupteur isolé. Selon la NOAA, elle appartient à un système de courants qui transporte de l’eau chaude vers le nord et de l’eau froide vers le sud, à la surface comme dans les profondeurs de l’Atlantique. La température et la salinité modifient la densité de l’eau et contribuent à entraîner cette circulation.
Dans une description simplifiée, les eaux chaudes de surface gagnent les hautes latitudes, refroidissent et deviennent plus denses. Une partie plonge et repart vers le sud en profondeur ; l’eau remonte ensuite à la surface par un phénomène de remontée d’eau. Ce parcours est lent : la NOAA estime qu’une parcelle d’eau met environ mille ans à accomplir son trajet sur le grand tapis roulant océanique mondial.
Le film a raison d’associer les changements de circulation à la distribution de chaleur. Il part aussi d’une idée physiquement pertinente lorsqu’il relie l’apport d’eau douce dans l’Atlantique Nord aux variations de densité. Le problème commence quand cette base devient une réaction presque immédiate.

Réel : une AMOC affaiblie présenterait de graves risques
L’affaiblissement n’aurait pas besoin de provoquer une nouvelle ère glaciaire pour être dangereux. La NOAA fait état d’indices d’un affaiblissement au cours du siècle dernier, tout en soulignant qu’il reste incertain que la circulation continue de ralentir ou s’arrête entièrement. Elle associe un ralentissement durable à des effets climatiques étendus, notamment le déplacement des bandes de précipitations et une hausse du niveau marin sur la côte est des États-Unis.
Une analyse publiée dans PLOS Climate en 2025 estime qu’une version scientifiquement actualisée du film devrait abandonner l’idée d’une catastrophe isolée. Un effondrement interagirait avec le réchauffement dû aux gaz à effet de serre, avec les autres composantes du système terrestre et avec les vulnérabilités sociales existantes.
Le point de vue change alors. Au lieu d’une semaine passée à fuir des tempêtes, un scénario réaliste suivrait des transformations persistantes des températures, des précipitations, des phénomènes extrêmes et des capacités d’adaptation. Il serait moins instantané, sans être nécessairement moins grave.

Exagéré : l’océan ne change pas en quelques jours
La principale liberté dramatique concerne l’échelle de temps. La Woods Hole Oceanographic Institution explique qu’un changement de circulation capable de produire une réponse climatique prendrait au minimum des décennies, et non des semaines. L’immense volume de l’océan et la lenteur de ses échanges thermiques rendent impossible la transformation montrée à l’écran.
Dans le vocabulaire du climat, « abrupt » ne veut pas forcément dire soudain à l’échelle d’une vie humaine. Une transition étalée sur une décennie peut être abrupte à l’échelle géologique. PLOS Climate situe également les grands changements de l’AMOC sur plusieurs décennies à plusieurs siècles et rappelle que le Dryas récent, dont le scénario du film s’inspire, a duré environ 1 300 ans.
Le personnage a donc raison de constater que tout va « trop vite », mais le scénario comprime les processus océaniques pour créer une urgence cinématographique. Ces sources ne permettent pas d’envisager un arrêt de l’AMOC qui gèlerait une métropole d’un jour à l’autre.
Inventé : super-tempête, froid instantané et tsunami
La gigantesque tempête arctique du film ne correspond pas davantage à la physique décrite par Woods Hole. Les ouragans tirent leur énergie des eaux océaniques chaudes et humides, perdent de leur puissance sur les terres ou dans le froid et ne pourraient ni se former dans l’Arctique ni couvrir tout l’hémisphère Nord. L’air extrêmement froid qui descend et gèle des personnes en quelques secondes relève également de l’invention dramatique.
L’inondation de Manhattan confond plusieurs phénomènes. Une onde de tempête fait généralement monter l’eau durant plusieurs heures ; elle n’arrive pas sous la forme d’un mur unique comme dans le film. Une vague présentant cet aspect évoque plutôt un tsunami, habituellement associé à un séisme ou à un glissement de terrain sous-marin. Les vents d’une tempête venue du nord ne favoriseraient pas non plus l’entrée d’eau dans Manhattan telle qu’elle est représentée.
Ces exagérations n’annulent pas la question climatique centrale. Elles signifient simplement que les scènes les plus mémorables ne doivent pas servir à imaginer la forme physique d’un véritable effondrement.
Encore incertain : si et quand l’effondrement surviendrait
Il faut distinguer variabilité, affaiblissement et effondrement. Ces termes ne sont pas synonymes. La NOAA reconnaît des indices de ralentissement, mais indique que la poursuite de la tendance et un éventuel arrêt complet restent incertains.
PLOS Climate résume un vaste débat scientifique : un affaiblissement de l’AMOC est attendu au XXIe siècle, tandis que de grandes incertitudes demeurent sur la possibilité et la date d’un effondrement. L’article évoque des estimations allant du milieu de ce siècle à 2300, voire la possibilité qu’il ne se produise pas. Une fourchette aussi large ne permet pas de choisir une date et de la présenter comme une prévision.
Revoir le film de manière responsable suppose donc de retenir deux idées simultanément. Premièrement, New York ne gèlera pas en quelques jours à cause d’une super-tempête provoquée par l’AMOC. Deuxièmement, une circulation atlantique affaiblie ou effondrée constituerait toujours un risque climatique grave, durable et international. La fiction se trompe précisément en présentant un danger chronique comme une catastrophe spectaculaire unique.
Aucune source territoriale ne confirme une diffusion actuelle en France. Il faut donc vérifier directement le catalogue officiel du service concerné, dont la disponibilité peut varier selon le compte et la région.
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Sources et crédits
- Siebbi — CC BY 3.0
- Peter Kudlacz — CC BY 2.0
- Gage Skidmore from Surprise, AZ, United States of America — CC BY-SA 2.0
- NOAA Ocean Service — What is the AMOC?
- Woods Hole Oceanographic Institution — What's After the Day After Tomorrow?
- PLOS Climate — Reimagining The Day After Tomorrow with current AMOC science